Partager l'article ! Réflexion sur les « Gens du Voyage ».: I - Les faits. Surprenant ar ...
I - Les faits.
Surprenant article que celui offert aux lecteurs du quotidien local « La Voix du Nord » ce dimanche 18 septembre 2011 (lire : link).
Sur la colonne de gauche, la photographie d’un quatuor de « représentants de la ville (d’Auby) », parmi lesquels ont reconnaît sans peine M. le Maire, vêtu d’un blouson imperméable et les mains dans les poches, protégé par le parapluie que lui tient obligeamment une dame, qui s’y abrite également… M. le Maire ne pêche pas par excès de galanterie.
Le texte de l’article nous apprend ce qui suit: la veille, samedi 17 septembre 2011, vers 20h30, la circulation de la rue Jean-Baptiste Lebas d’Auby fut brutalement interrompue par l’arrivée inopinée d’une file de caravanes, propriétés de « gens du voyages » (expression administrativement barbare s’il en est, alors que le nomadisme conserve dans de nombreux pays ses lettres de noblesse), lesquels se dirigeaient vers le parking situé en face du complexe sportif.
Prévenu par un aubygeois que les visiteurs dégradaient un bien public ( infraction sanctionnée par l'article 322-3 du Code Pénal de 5 ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende : link ), creusant le sol pour enlever un grillage, la « poignée d’élus vraiment pas contents » a tenté de s’interposer physiquement, M. le Maire entendant probablement par là, et à juste titre, user de son pouvoir de Police.
A l’arrivée de M. le Maire, « le grillage était déjà enlevé sur quatre ou cinq mètres. Et quatre caravanes étaient déjà sur le terrain. »
Constatant cependant que la circulation était bloquée par les autres caravanes dont l’accès était empêché par les élus, ceux-ci… décidèrent de les laisser passer, au motif que « le désordre menaçait de s’aggraver ».
M. Kazmarek d’avoir ces mots: « On dirait qu’il y a deux catégories de citoyens. Si moi je me permettais de découper un grillage pour pénétrer chez quelqu’un, je me retrouverais devant le tribunal. », avant d’évoquer les 3.600 euros déjà déboursés par la commune cet été ensuite de l’occupation d’un terrain proche du stade; et des 3.000 euros qu’il faudrait de nouveau débourser après cette nouvelle occupation.
M. Kaczmarek de conclure qu’il allait déposer plainte « dès lundi (19 septembre 2011) ».
Sur la colonne de droite, une autre photographie, ainsi légendée : « Les policiers ont régulé la circulation, le temps que les caravanes pénètrent sur le terrain. A 21h30, toutes étaient installées. »
Sous cette seconde photographie, la précision, émanant de M. le Maire, du respect par sa commune de l’obligation légale de construire des aires d’accueil dans les communes de plus de 5.000 habitants (mais celle d’Auby, aire des Coquelets, est saturée), et sa revendication de voir « L’État (…) prendre ce problème en charge, pas les communes! ».
Le jeudi 22 septembre 2011, dans un article plus général du même quotidien (lire : link), nous apprenions que d’autres caravanes s’étaient installées le dimanche 18 à Esquerchin (723 habitants), après avoir brisé le cadenas d’un terrain d’entraînement de football, près du stade. M. le Maire René Ledieu avait pour sa part contacté les services de Police pour qu’ils constatent la dégradation du bien public.
De la lecture d’ensemble de l’article, il résultait que la commune d’Auby respectait certes ses obligations légales en termes d’aires d’accueil, mais qu’en revanche, ce n’était pas le cas de plusieurs autres communes de l’arrondissement, de sorte qu’au total il manquait 142 places, dont seulement 48 devraient être réalisées d’ici à 2017.
M. le Maire d’Auby d’ajouter que « Lorsqu’on veut discuter avec les gens du voyage, ils nous disent qu’ils ont le droit avec eux, dans la mesure où il n’existe pas d’aires d’accueil », et l’article de conclure que « dès lors qu’une commune a participé financièrement à l’aménagement d’une aire d’accueil et qu’elle en assure correctement la gestion, cette commune peut saisir le juge civil pour demander, dans un délai réduit, l’évacuation des caravanes. Mais seulement à condition que le stationnement illicite soit de nature à porter atteinte à la salubrité, à la sécurité, ou à la tranquillité publique ».
Le même jour, jeudi 22 septembre 2011, l’hebdomadaire « L’Observateur du Douaisis » complétait nos informations, de façon tout à fait instructive: nous y apprenions que les occupants du terrain d’Auby « avaient loué des engins de chantier pour enlever la butte de terre qui condamnait l’accès au site », et que, « l’année dernières ils avaient menacé de brûler (la) voiture (du Maire). » (lire, avec une vidéo du Maire d'Auby : link).
Entre-temps, après que M. le Maire a lundi 19 septembre « fait réaliser un constant d’huissier afin d’engager une procédure en référé au tribunal de Douai », il avait « poussé un coup de gueule auprès des policiers. », ensuite de quoi la police était intervenue pour « notifier aux représentants de la communauté qu’ils devaient partir sous peine d’être expulsés par la force publique ». Dans la même soirée, les occupants avaient « plié les gaules » (sic), sans qu’on connût leur destination.
M. Goudet, journaliste de l’Observateur, avait interrogé les occupants avant leur départ. Ceux-ci soulignaient tout d’abord que la police avait été « polie », à l’inverse du maire communiste d’Auby, qui aurait « dit lui-même qu’il n’aimait pas les gens du voyage ». M. Goudet de préciser curieusement que son interlocuteur, Raoul, était « père de cinq enfants »: était-ce avec ses cinq enfants qu’il s’était proposé de brûler la voiture de M. le Maire l’année précédente? Nous ne le saurons pas.
Henry, « un autre père de famille » (les célibataires ont décidément mauvaise presse à l’Observateur), déclare : « On nous chasse de partout. Les gens devraient nous tolérer malgré notre mauvaise réputation. On a tous des activités professionnelles. Nous ne sommes plus des voleurs de poules. » On serait tenté de l’approuver, puisque justement, à en croire M. le Maire, ce sont « tous les lapins » de la zone naturelle qui ont été « braconnés » cet été lors d’un précédent passage…
Plus sérieusement, l’article éclaire le débat de façon intéressante, précisant que les occupants ont choisi un parking « tout le temps vide », sans riverains proches, entouré seulement d’ « entreprises et (…) entrepôts ». En outre, ils auraient proposé de « payer pour que (leurs) déchets soient traités en (leur) mettant une benne à ordure », et se seraient heurtés à un refus municipal, qu’ils comparent avec la politique de la commune d’Hénin-Beaumont, « l’une des villes les plus accueillantes de la région », alors que le Douaisis quant à lui offre peu d’aires d’accueil, « souvent pleines tout au long de l’année » et qui « acceptent des gens du voyage en grande partie sédentarisés »…
Situation que semble confirmer un troisième article du quotidien « La Voix du Nord », en date du mardi 4 octobre 2011 (lire : link), qui assure qu’alors que la Communauté d’Agglomération du Douaisis se voit réclamer la création de 28 places d’accueil supplémentaires pour la période 2011 à 2017, elle entend privilégier la création (également réclamée par le schéma départemental des gens du voyage) de 31 « logements adaptés », destinés à accueillir les personnes désireuses d’ « abandonner la vie nomade ».
A une déclaration du Président Christian Poiret, qui conditionnait la création des aires d’accueil réclamées à l’obtention de « financements adaptés de l’État », au motif que « les aires d’accueil représentent des coûts de fonctionnement exorbitants », tout en incitant les élus à proposer « des terrains pour de l’habitat adapté ou pour une aire d’accueil », aurait répondu « un silence religieux »…
II - Notre commentaire.
1. - Disons tout d’abord tout net que, dans cette affaire, la mauvaise foi de certains est abyssale.
En effet, lorsqu’on conditionne l’expulsion des occupants à un jugement civil fondé sur une atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique, on oublie soigneusement de rappeler que pour accéder à ces lieux des infractions pénales sont la plupart du temps commises, telle que la dégradation de biens publics, et qu’elles ne semblent curieusement jamais être poursuivies, alors même que les auteurs en sont parfaitement connus des forces de Police.
Comme le note à juste titre M. le Maire d’Auby, « On dirait qu’il y a deux catégories de citoyens. Si moi je me permettais de découper un grillage pour pénétrer chez quelqu’un, je me retrouverais devant le tribunal. »
… Mais c’est le même Maire d’Auby qui laisse ensuite la Police Nationale assurer le libre passage des auteurs de l’infraction pénale au motif qu’ils bloquent la circulation!
On est tenté d’interroger à notre tour M. le Maire: s’il découpait quelques mètres du grillage de son voisin pour organiser un barbecue dans son jardin, la Police Nationale interviendrait-elle pour l’aider à griller les saucisses? Et si les invités de sa petite fête champêtre bloquaient la rue de leurs véhicules, les installerait-on également chez le voisin pour fluidifier la circulation automobile? Gageons que non…
2. - Les déclarations de M. Poiret relatives aux coûts de fonctionnement, qui seraient exorbitants, nous laissent perplexes.
En effet, « La Voix du Nord » nous relatait, dans son article daté du jeudi 22 septembre, que l’aire réalisée par elle à Dechy facturait le séjour 3 euros par jour et par emplacement, eau en sus (3,35 euros le m3), ainsi que l’électricité (0,12 à 0,4 euros le Kwh, selon la période). En outre, une caution de 150 euros par emplacement est requise.
En outre, l’État via la CAF verse 128 euros mensuels par place de caravane, portant ainsi le produit mensuel d’une place à 128 + 90 = 218 euros.
Enfin, la réalisation de l’aire elle-même est financée par l’État à hauteur d’environ 70%, aide à laquelle s’ajoutent celles de la Région, du département, et des CAF…
Quand MM. Kaczmarek et Poiret réclament l’aide de l’État, ne se moqueraient-ils pas quelque peu du monde?…
3. - La priorité donnée à la sédentarisation nous semble regrettable.
Il est possible en effet que de « nombreuses familles (en particulier sur l’aire de Dechy) souhaiteraient suivre cette voie et accéder à de l’habitat adapté », comme le démontrerait une enquête réalisée par l’association Aeras.
Il est certain cependant que les personnes désireuses de se sédentariser s’en débrouillent assez bien elles-mêmes, en faisant l’acquisition de terrains privés sur lesquels elles s’installent; le cas existe dans notre arrondissement.
En outre, est-il judicieux de favoriser la création de ghettos, dans lesquels seront regroupées ces personnes, qui y feront souche en demeurant coupées des populations qui les entourent? Le débat mérite d’être mené.
Enfin, c’est dire que le nomadisme, aussi ancien que l’humanité, serait un mode de vie qu’il faudrait combattre. S’il est évident qu’il est mal adapté aux contraintes de la vie moderne (difficultés de scolariser les enfants, et disparition des emplois traditionnels exercés par les générations précédentes), il n’en reste pas moins qu’il relève des droits fondamentaux, et de la permanence de modes de vie traditionnels; gardons-nous de condamner a priori ce qui nous est étranger, et plus encore de contraindre ces personnes, par la violation systématique des textes imposant leur accueil, à vivre en marge des lois, dans une impunité qui devient la règle à force de lâcheté.
4. Car c’est bien de lâcheté dont il s’agit.
Disons-le tout net, le comportement de la plupart des élus est indéfendable. Au motif inavoué que les nomades ont « mauvaise réputation », comme le rappelle l’un des articles cités, les élus violent volontairement la loi en refusant la création de places d’accueil, de crainte de déplaire à la population.
Bien évidemment, cette violation de la loi civile entraîne celle de la loi pénale, les « gens du voyage » usant de la force pour s’installer. Les élus ont alors beau jeu de s’indigner, d’accabler l’État ou les forces de police, s’en tirant à bon compte vis-à-vis de leurs électeurs…
Lesquels électeurs sont bien souvent abusés, et incriminent tout à tout les nomades eux-mêmes et les autorités publiques, ignorant que les élus locaux sont les seuls responsables de ces situations…
5. Il existe pourtant des solutions de bon sens.
Elles consistent tout d’abord en le respect de la loi: c’est le devoir des élus. Créer de petites aires d’accueil, destinées à quelques familles, dans chacune des communes d’un bassin de vie. Ainsi, pas de ghettos, des enfants scolarisés dans des écoles différentes, peu de nuisances de voisinage, et la possibilité de faire réellement respecter la loi.
Comment peut-on admettre en effet que des visiteurs louent un engin de chantier pour pénétrer par effraction dans une propriété publique? S’est-on seulement interrogé sur la responsabilité pénale du loueur d’engins?
Respectueuses de la loi, les communes pourraient poursuivre sans relâche ceux qui la violeraient; poursuivre et faire condamner, exécutant les dommages prononcés au moyen de la menace de saisie des véhicules: on voit bien que s’est instauré un rapport de force, dans lequel les élus sont si faibles qu’on les menace en toute impunité de brûler leur voiture!
Les nomades ont droit au respect. De leur mode de vie millénaire, tout d’abord (les déclarations indignées de M. le Maire d'Auby constatant que leurs véhicules sont immatriculés en dehors du 59 sont tout simplement xénophobes), et du droit de chaque être de vivre dans des conditions dignes. Ils ont également des devoirs. De respecter la loi, les biens publics, l’ordre public. Un contrat social nécessite un équilibre, et c’est à la puissance publique de montrer l’exemple.
Messieurs les élus, assez d’hypocrisie, assumez vos devoirs!
Franz Quatreboeufs.