Lundi 26 septembre 2011 1 26 /09 /Sep /2011 17:39

    Et pas n'importe qui! Rien moins que M. Pierre-Jacques Lamblin, conservateur général, directeur de la Bibliothèque Marceline Desbordes-Valmore de Douai, lequel nous fait ainsi beaucoup d'honneur en commentant l'article que nous consacrions le 30 août 2011 à la bibliothèque municipale de Douai ( A Douai, on déchire les livres… ).

 

    Ci-dessous son message, suivi de notre réponse...

 

    Ainsi à la bibliothèque Marceline Desbordes-Valmore on « déchire les livres » ! Belle horreur en effet – et quel effet facile - pour les lecteurs de ce blog non informés du mode de fonctionnement des bibliothèques publiques. Mon métier et mon devoir sont de leur faire savoir, au-delà du simple droit de réponse, ce que les bibliothécaires appellent dans leur jargon le « désherbage ». Le mot de désherbage n’est pas très heureux, il faut en convenir, parce qu’il n’existe pas de « mauvaises herbes » en bibliothèque. Il n’y a que des livres et des revues qui finissent par être délabrés et sales, ou dont le contenu documentaire devient plus ou moins vite démodé ou obsolète. Rançon du succès, les ouvrages très lus s’abiment aussi très vite en dépit des travaux et investissements faits pour les plastifier, les renforcer ou les nettoyer (avec de l’alcool !). Quant aux livres documentaires, leur contenu se périme aussi plus ou moins vite selon les sujets traités. Un guide de voyage, genre très demandé, ou un ouvrage consacré à la micro-informatique ou encore un ouvrage traitant du droit de la consommation cumulent à la fois les effets destructeurs d’une lecture multiple et du progrès des connaissances et des sciences et techniques. J’ajoute à cela que ni les murs ni les rayonnages ne sont élastiques et que de temps à autre il faut « faire de la place ». Voilà pourquoi, chers douaisiens, votre bibliothèque détruit chaque année des livres vraiment très sales, perdant vraiment leurs pages pourtant rattrapées à coups de ruban adhésif et ayant vraiment perdu leur intérêt. Toutes les bibliothèques municipales de quelque importance le font.
    Alors oui, il y a des gens que cela choque et je comprends ça, mais ils seraient encore plus choqués de retrouver un de nos ouvrages « désherbés » dans une autre bibliothèque. Je sais bien que nos poubelles sont quelquefois attentivement auscultées à la recherche d’éventuelles aubaines par des fouilleurs démunis que mes collègues et moi-même ne méprisons certainement pas mais pour qui une poubelle de bibliothèque est, à tort, prometteuse de possibles pépites. Je serais bien étonné qu’un brocanteur, à supposer que la brocante s’intéresse à nos poubelles, y ait un jour trouvé son miel.
    Autre précision importante : les livres de la bibliothèque sont propriété de la ville qui, pour les « aliéner », c'est-à-dire les vendre même au poids du vieux papier ou les donner, devrait à chaque élimination soumettre une liste détaillée à une délibération du conseil municipal. Inutile de dire que bien rares sont les villes qui passent par une telle procédure.
    La cruelle mais nécessaire solution est donc la destruction. Mais qu’on se rassure : la bibliothèque Marceline Desbordes-Valmore ayant l’intéressante particularité d’attirer fréquemment les dons de généreux lecteurs qui sont informés de ce qu’on en fait, beaucoup de livres que l'on nous donne sont réutilisés dans l’intérêt général et ce que nous ne gardons pas est donné dans une démarche d’économie solidaire à un organisme caritatif et d’insertion proche de Douai. Cela fait le contenu d’un véhicule type Kangoo par trimestre ! Je suis sûr que notre douce et généreuse Marceline trouverait ça très bien et qu’elle m’approuverait quand j’affirme que ce ne serait pas très respectueux à l’égard d’africains ou de démunis de l’hexagone que de vouloir leur donner nos livres usagés ou périmés dans l’état qui justifie leur destruction.
    Je termine en corrigeant une grosse – très grosse – exagération. Le personnel de la bibliothèque n’est certainement pas mobilisé par la destruction des livres au rebut. Une personne, et une seule, et une heure de temps à autre y suffisent amplement.

    Pierre-Jacques Lamblin,
    conservateur général, directeur de la Bibliothèque Marceline Desbordes-Valmore."

 

    Nos éléments de réponse:

 

    1. M. le conservateur nous écrit : "Belle horreur en effet – et quel effet facile - pour les lecteurs de ce blog non informés du mode de fonctionnement des bibliothèques publiques".

 

    M. le conservateur nous semble bien ingrat envers "La Voix du Nord", laquelle a consacré pas moins de trois articles au fonctionnement de la bibliothèque municipale (lire, pour les deux commentés: link et link ) ... articles dans lesquels nous avons puisé nos éléments d'information, soigneusement sourcés.

 

    Faut-il y voir un complot médiatique, La Voix du Nord évitant soigneusement d'informer ses lecteurs sur les sujets auxquels elle consacre pourtant trois longs articles?

 

    2. M. le conservateur ajoute : "Je serais bien étonné qu’un brocanteur, à supposer que la brocante s’intéresse à nos poubelles, y ait un jour trouvé son miel."

 

    Notre perplexité s'accroît... Nous lisons en effet, dans l'article précité en date du 29 août 2011 : Une méthode radicale qui a son explication : « À un moment, on retrouvait certains de nos livres, que nous avions simplement jetés, dans le circuit des bouquinistes, avec le cachet de la bibliothèque maquillé. En fait, des gens intéressés faisaient nos poubelles. »

 

    François Espagnach, présenté comme chef du service de prêt adultes, et qui semble l'auteur de ces propos à la lecture de l'article, cacherait-il des informations à son conservateur?

 

    3. M. le conservateur tient à préciser : Je termine en corrigeant une grosse – très grosse – exagération. Le personnel de la bibliothèque n’est certainement pas mobilisé par la destruction des livres au rebut. Une personne, et une seule, et une heure de temps à autre y suffisent amplement.

        "La Voix du Nord", décidément mauvaise informatrice, écrivait : "Chaque année, entre 1 000 et 4 000 ouvrages, tous secteurs confondus, sont ainsi détruits, c'est-à-dire déchirés en plusieurs morceaux, à la main, par les employés de la bibliothèque."

 

    Quatre mille ouvrages à ... deux mains, et, "une heure de temps en temps", voilà qui rend admiratif envers l'employé culturiste affecté à cette tache destructrice!

 

    Mais au fait, une fois détruits, ces ouvrages, que deviennent-ils? M. le conservateur, qui semble si peu au fait de ce que déclarent à la presse ses propres collaborateurs, a-t-il été informé qu'existe à Douai un tri sélectif, et qu'il suffirait de convenir avec la Communauté d'Agglomération d'une collecte régulière des ouvrages à détruire, qui n'auraient plus à être confiés à l'employé que l'on pourrait ainsi affecter à des tâches correspondant à son statut, et seraient recyclés comme doivent l'être tous les cartons et papiers? Puisqu'à défaut de lire "La Voix du Nord" (car il n'a visiblement pas lu l'article que nous commentions), M. le conservateur nous lit (ce qui nous honore), nous lui communiquons tous renseignements relatifs à la collecte des déchets à Douai, consultables... sur le site de la Mairie de notre ville : link . Il y trouvera un numéro d'appel, gratuit depuis un poste fixe! Les économies, c'est facile: il suffit d'y penser...

 

    Mais recycler, c'est donner, et c'est peut-être bien là que se situe l'essentiel du problème...

 

    4. M. le conservateur nous livre en effet une information intéressante, que la presse (quelle mauvaise presse!) n'avait pas révélée : "la bibliothèque Marceline Desbordes-Valmore ayant l’intéressante particularité d’attirer fréquemment les dons de généreux lecteurs qui sont informés de ce qu’on en fait, beaucoup de livres que l'on nous donne sont réutilisés dans l’intérêt général et ce que nous ne gardons pas est donné dans une démarche d’économie solidaire à un organisme caritatif et d’insertion proche de Douai. Cela fait le contenu d’un véhicule type Kangoo par trimestre ! Je suis sûr que notre douce et généreuse Marceline trouverait ça très bien et qu’elle m’approuverait quand j’affirme que ce ne serait pas très respectueux à l’égard d’africains ou de démunis de l’hexagone que de vouloir leur donner nos livres usagés ou périmés dans l’état qui justifie leur destruction."

 

    Là, nous aimerions en savoir plus. En effet, nous lisons (car nous l'avons lue...) dans "La Voix du Nord" du 30 août 2011: "... Et celle de Douai ne donne pas à d'autres bibliothèques des livres qu'elle a reçus en double ou en triple. « Il y aurait une certaine condescendance à donner à une autre bibliothèque un livre qu'on ne garde pas », explique M. Espagnach.

    Pourtant, dans de nombreux villages du Douaisis, des petites bibliothèques seraient sûrement contentes d'étoffer leur fonds par ce moyen. "

 

    Si nous comprenons bien, les ouvrages refusés ne sont pas données à d'autres bibliothèques lorsqu'ils sont en bon état, car ce serait condescendant... et ceux usagés ou périmés ne sont donnés ni aux "africains" ni aux "démunis de l'hexagone", car "ce ne serait pas très respectueux"... Ils sont donc (mais on ne sait lesquels, en bon état ou usagés?) donnés à "un organisme caritatif et d'insertion proche de Douai", dont on ignore ce qu'il en fait...

 

    A l'approche de l'hiver, nous nous réjouissons que M. le conservateur ne soit ni Président des restaurants du coeur, ni directeur d'un centre Leclerc... Car, vous l'avez compris, donner, c'est "condescendant", et même "irrespectueux". Donner des vêtements déjà portés, de la nourriture invendue mais toujours consommable, quelle horreur! Donner du matériel médical ou des ordinateurs inutilisés pour qu'ils soient "retapés" et distribués en Afrique, des médicaments, donner des meubles chez Emmaüs pour qu'ils soient revendus: horreur et abomination!

 

    Que M. le conservateur se rassure: nous parlions, dans notre article, de "honte"... A présent, il ne nous fait plus honte... Il nous fait peur.

 

    5. Mais, parce que tout doit se terminer en rire ou en chanson, citons une dernière fois M. le conservateur : "les livres de la bibliothèque sont propriété de la ville qui, pour les « aliéner », c'est-à-dire les vendre même au poids du vieux papier ou les donner, devrait à chaque élimination soumettre une liste détaillée à une délibération du conseil municipal. Inutile de dire que bien rares sont les villes qui passent par une telle procédure."

 

    Mon Dieu, mais c'est bien sûr! Si contrairement à l'exemple que nous avions donné de la commune de Saint Lunaire (2.315 habitants en 2007 : link ), celle de Douai ( 42.413 habitants en 2008 : link)  ne peut vendre ses livres, c'est... parce que soumettre une liste détaillée à une délibération du conseil municipal est trop difficile!

 

    Avant l'éclat de rire, nous nous interrogeons un instant: est-ce parce que Saint Lunaire a informatisé l'inventaire de ses ouvrages tandis que Douai les comptabilise encore sur des fiches cartonnées (et, s'il est si difficile d'établir une liste, comment diable choisit-on ceux qu'on va éliminer?), ou parce qu'à l'inverse des élus Bretons, les élus Douaisiens sont trop paresseux pour lire une liste d'ouvrages établie sur une délibération municipale votée à main levée?

 

    Parce qu'à force de farfelu M. le conservateur nous deviendrait presque sympathique s'il ne vous avait glacé il y a quelques lignes, nous lui risquons un conseil, qu'il s'empressera d'oublier: il est parfois imprudent de vanter la paresse de ses employeurs...

 

    6. Un dernier mot, parce que la poésie adoucit les moeurs.

 

    A M. le conservateur, qui invoque Marceline Desbordes Valmore, nous dédions ce poème de la poétesse Douaisienne (source : link) :

 

La charité - Légende

 

D’une main timide
On sonne au couvent.
Le regard humide,
Les cheveux au vent,

C’est un pauvre frère
Parti le matin
Pour aller refaire
Le pain et le vin.

Mais sa mule alerte
Bondit sans fardeau,
Trouvant le temps beau
Dans la plaine ouverte.

    Lui n’a rapporté
    Que la charité.

L’aube toute en larmes
L’a vu, par hasard,
Sans cris et sans armes
Sauver un vieillard.

Le couvent l’écoute :
« Frère diligent,
Qu’as-tu fait en route
De nos marcs d’argent ? »

Et lui qui succombe
Sous d’humbles douleurs
Dit, baigné de pleurs :
« À vos pieds je tombe.

    « Je n’ai rapporté
    Que la charité.

« J’ai brisé la chaîne
D’un vieillard divin ;
J’ai vaincu la haine
Implorée en vain.

« De ce saint esclave
J’ai sauvé l’enfant…
Que tout mon sang lave
Ce crime fervent ! »

Alors tous ensemble
Chantent à genoux :
« Dieu, conservez-nous
Cet homme qui tremble !

    « Il a rapporté
    Votre charité ! »

 

    Franz Quatreboeufs.

Par MoDem Douaisis
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